gueule de victime

EST-CE QUE J’AI UNE GUEULE DE VICTIME ? soirée organisée par l’ACF Midi-Pyrénées


Les d
élices de Saturnin – Toulouse le 6 mai 2015

 

Sélection des textes  – Alexandra Malfi

Lecture mise en scène – Alexandra Malfi et Frédéric Cyprien

 

Le cri du Sablier de Chloé Delaume

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Identité de Gérard Watkins

La mission de Heiner Muller

Pour rire, pour passer le temps de Sylvain Levey

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Femme non-rééducable de Stefano Massini

Aidez-nous à divorcer d’Amos Oz

Love and Money de Dennis Kelly

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Une semaine de vacances de Chrisitine Angot

Microfictions de Régis Jauffret

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Animation débat – Martine Bartholini, Eduardo Scarone et Christiane Terrisse

 Œuvres exposées – Martine Bartholini : Hermès, Méduse et Regardée

 martinebartholini.com

 

Un trait caractérisant notre société peut être repéré comme la source profonde de notre crise actuelle : il est devenu clair que l’Autre n’existe pas.

Les médias peuvent dramatiser, s’alarmer.

Le sujet contemporain s’angoisser, se déprimer, s’agiter et répondre ainsi du fait qu’il ne trouve pas d’abri suffisant face à l’effondrement des Idéaux et des références.

Fleurit alors la multiplication des positions de victime comme réponse condensatrice universalisable à tout ce qui confronte le sujet à une irruption du réel, considérée comme un préjudice.

Et ceci, même s’il est souvent patent que de cette position mieux vaut s’en passer que s’en servir, au risque d’être englouti dans la plainte ou dans la revendication perpétuelle.

La psychanalyse introduit ici une position éthique inédite qui invite à se tenir à l’horizon de l’état contemporain de notre époque, afin d’avoir une chance d’en tirer quelques conséquences. En s’intéressant aux solutions singulières pour traiter le réel en jeu, élaborées par ceux qui ont subi parfois une atteinte majeure.

La délégation Midi-Pyrénées de l’Association de la Cause freudienne invitait ce soir-là à se laisser surprendre et à en débattre.

 Car c’est comme un véritable paradoxe de notre condition humaine que la psychanalyse considère notre entrée dans le monde, cette entrée nous confronte à un premier trauma fondateur, faute de quoi, c’est notre propre être qui est mis en cause. Sans le trauma de notre naissance au monde signifiant humain nous ne sommes pas.

Bien entendu, il n’est pas équivalent pour une petite fille d’être entraînée dans l’inceste par son propre père, ou épargnée après l’assassinat de sa mère, que d’être emportée par une catastrophe tellurique. On ne peut pas comparer les personnes qui sont atteintes de maladies liées à la pollution atmosphérique ou atomique avec l’incarcération et la torture subie par ceux qui défendent leurs idées politiques. Les violences faites aux femmes, parfois par des hommes avec qui celles-ci partagent leur vie, ne se produisent pas sur le même plan que les otages ou les morts lors d’attaques terroristes ou de naufrages dans la Méditerranée.

C’est pourtant le plus souvent le mot de victime qui est employé dans toutes ces situations si hétérogènes. Notre époque emprunte volontiers le discours du droit pour traiter les affaires des êtres parlants. C’est souvent le cas de la parole dite politique à tous les étages, comme si le politique et le droit pouvaient se confondre.

Toute irruption du réel, tout déchirement de la trame qui constitue notre réalité quotidienne peut ainsi être rangée sous le signifiant victime.

« Cette promotion sociale du terme de victime, affirme le psychanalyste Jean-Luc Monnier, paraît aller de concert avec la destitution de l’Autre et tout particulièrement de l’Autre incarné par l’État » dans un texte diffusé pour l’annonce de PIPOL 7 « Être victime au XXIe siècle ». L’affaiblissement de l’État s’accompagnerait ainsi d’un renforcement des situations victimisantes, soit, des situations ou l’appel à l’Autre se trouve bloqué, enrayé, inaccessible.

Le nouage singulier de paroles d’écrivains nous a permis de saisir ce qui distingue la politique de la psychanalyse à seulement considérer la solution qui est celle de chacun, de chaque être parlant, pour traiter le réel qui a surgi.

 

 

Translations : Espagnol, Anglais, Italien, Néerlandais