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À propos de Rien n’est joué d’avance, l’ouvrage de Patrick Bourdet paru en 2014 aux éditions Fayard. Par Sylvain Macalli

Nous avons assisté, le 17 avril dernier à la librairie Mollat de Bordeaux, à des retrouvailles hors du commun. Cette rencontre était animée par notre collègue Catherine Lacaze-Paule, lectrice du livre de Patrick Bourdet  Rien n’est joué d’avance, paru en 2014, aux éditions Fayard. Elle y avait reconnu la juge pour enfants bordelaise, Anita Benedicto, dont le prénom était cité par l’auteur dans le livre. Cette dernière y était présentée comme une « des mains tendues » qui avait eu un impact déterminant dans une destinée qui contredit tous les déterminismes sociaux, intellectuels, génétiques ou psychologiques. Rencontre exceptionnelle donc, 30 ans après, entre une ex-juge des enfants à Bordeaux, devenue psychologue d’orientation psychanalytique, et qui avait placé l’adolescent de 16 ans que fut Bourdet dans une famille d’accueil. Cet acte et les effets d’une parole entendue et reçue, avaient constitué un virage subjectif décisif, selon Bourdet qui est devenu PDG d’Areva Med (une filiale d’Areva qui développe une méthode innovante dans la lutte contre le cancer). Il est aussi psychothérapeute, après avoir, lui-même, bénéficié pendant 15 ans, d’un dispositif thérapeutique orienté par la parole.

C’est une vérité que l’éthique de la psychanalyse ne cesse, depuis Freud, de clamer : une vie de désirs et de rencontres peut se déployer au-delà du destin de victime auquel un sujet aurait pu se vouer. Patrick Bourdet écrit à propos de son projet littéraire: « Ce livre n’est pas une autobiographie, pas davantage des Mémoires. C’est seulement un humble témoignage, le récit d’un parcours improbable que le passage du temps m’a donné envie de partager…Pour me sauver, j’ai dû quitter cet enfer, seul. J’ai commencé à travailler très jeune, d’abord comme balayeur, puis comme ouvrier mécanicien, avant de gravir un à un tous les échelons. Ma réussite, ce n’est pas d’être devenu PDG. C’est de n’avoir jamais renoncé, d’avoir continué à apprendre et à me construire malgré l’adversité, puis d’avoir aidé les autres à s’accomplir… »

Catherine Lacaze-Paule commente ainsi ce parcours singulier et courageux : «Patrick Bourdet a en lui une “boule de feu” ; il est une “boule de feu” (p 151 de son livre). Patrick Bourdet est un homme d’énergie ; de la boule d’angoisse et de feu qui l’étreignait, il a fait une boule d’énergie, créatrice, inventive. Il ne se considère pas comme autodidacte, comme un self-made-man qui se serait fait sans les autres. Il est le fruit de rencontres. Il a d’ailleurs choisi un proverbe, “l’arbre se juge à ses fruits”, comme épitaphe pour la tombe de son père ; comme une orientation pour sa vie. Il remercie beaucoup dans tout le livre, il a une reconnaissance généreuse pour les mains tendues ».

Anita Benedicto évoque alors « la puissance de la parole, dans l’après coup de l’acte de jugement » qui se fait de manière fulgurante avec Patrick. Lui-même se souvient du choix que lui a proposé Anita : aller dans un foyer de la DASS ou rejoindre une famille d’accueil, avec laquelle elle a négocié l’accueil de Patrick ; c’est celle de son entraineur de foot. C’est ce choix qui oriente la décision du sujet, « là où je me sentais aimé, là où j’ai pu advenir, là où les décibels venaient uniquement de la musique », précise-t-il. Anita Benedicto insiste sur « la nécessité de construire un bien dire dans le lieu du jugement. Juger c’est séparer, c’est mettre du symbolique là où il n’y en a plus. Chaque décision peut avoir une portée extrême pour l’autre. L’histoire de Patrick est venue croiser la mienne et je me suis reconnue dans les paroles de Patrick, à l’instant. Il n’y a pas d’innovation, de création, sans moments de mélancolie ». Anita Benedicto met également en avant la présence, dans chaque vie « des affects que Spinoza appelle cuistres, faits de haine et de colère, mais qui se combinent à d’autres affects qui font le fondement du désir ». Elle en conclut : « Le dire, on n’en mesure les effets que dans l’après-coup, par les effets que la parole à eu sur l’autre. C’est un effet de la rencontre, pour que le sujet puisse s’en saisir. C’est offrir un signifiant qu’il reconnaisse et qui lui permette d’aller plus loin dans ce qu’il va tenter selon comment il va accrocher un désir à cela ».

 

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