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DES PSYCHOLOGUES AUPRÈS DES VICTIMES ENDEUILLÉES DE LA TEMPÊTE XYNTHIA, PAR CHRISTINE MAUGIN

Des psychologues prennent un jour rendez-vous pour une « supervision » de leur pratique, très particulière : elles interviennent auprès des victimes de la tempête Xynthia pendant le procès. Une thérapeute intervient également dans ce cadre auprès des magistrats pour les soutenir…[1]

Mais alors qui sont les « victimes » ?

Ce sont des personnes comme vous et moi, qui ont acheté ou construit une maison dans une petite bourgade vendéenne, au plus près de la mer. Mais un jour, la digue a cédé sous la tempête et leurs maisons ont été submergées par les eaux. Beaucoup de morts, de dégâts. Des familles ont perdu des proches, des biens. Ce sont ces gens-là que les psychologues sont « tenues d’écouter et soutenir ».

Très vite surgit, pour les psychologues, la question de leur place, leur rôle dans ce procès. Elles doivent créer ex nihilo leur pratique dans un lieu où aucune place ne leur est prévue, le palais des congrès des Sables d’Olonne étant plus connu pour accueillir la célèbre course de voile en solitaire autour du monde. Un bureau leur est attribué mais en vis-à-vis avec des appartements, il faut donc calfeutrer les fenêtres afin d’assurer leur confidentialité.

Plusieurs problématiques sont travaillées lors de cette supervision. Mais un point est à noter : la mise en scène et la place du regard dont elles ont dû se défaire. Elles ont pu aborder cela de manière très précise, elles étaient elles-mêmes aux prises avec cette pulsion scopique qui se déversait, absorbées par ce qui se donne à voir : les pleurs du sapeur-pompier qui n’a rien pu faire, les crises des femmes ayant perdu un proche, les journalistes qui voulaient absolument les interviewer, la visite des lieux du drame…

Elles se sont extraites, grâce à la supervision, de cet objet regard et au dernier jour du procès, sont sorties de la salle, en laissant derrière elles toute cette mise en scène.

Que reste-t-il de tout cela ? Après ce drame, après ce procès, il reste des endeuillés que la reconnaissance du statut de victime par la justice n’a pas pour autant résolus. Les victimes, après le procès, avec l’aide de ces psychologues, peuvent être déplacées de cette assignation et cerner au plus près leur véritable perte et ainsi sortir de la position de victime pour entrer dans un « travail du deuil » qui « s’accomplit au niveau du logos »[2].

Les psychologues aussi dans ce procès et dans leur pratique ont eu à perdre, mais elles ont aussi gagné. En venant analyser leur pratique et en s’efforçant au bien dire, elles abordent ce qu’il en est de leur désir en tant que psychologue.

[1] Cf. Dheret J., « La faute/mer », Ironik !, bulletin UFORCA pour l’Université Populaire Jacques-Lacan, n°3, décembre 2014, http://www.lacan-universite.fr/la-faute-sur-mer/.

[2] Lacan J., Le Séminaire, livre VI, Le désir et son interprétation, Paris, Editions de la Martinière, 2013, p. 398.

Translations : Espagnol, Anglais, Italien, Néerlandais