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Frappe du Réel ou frappe de la langue. Par Philippe Cousty.

L’Europe et la Bulgarie ont pris langue, depuis la sortie de ce pays de la sphère du stalinisme.

Un programme concernant les enfants a été mis en place avec la construction et l’équipement de petites unités, appelées Centre familial qui reçoivent des enfants et jeunes gens venant des orphelinats dans lesquels, porteurs de malformation, de pathologies cérébrales, ou mentales ils avaient été placés, abandonnés sans autre soin sous l’étiquette d’handicapés.

Véritables asiles d’un autre temps, ils s’entassaient dans ces endroits parfois isolés au fond de lieux perdus, rebuts de la société.

Dans les Centres familiaux, ils bénéficient de lieux chaleureux dans leur construction, et un travail de formation a commencé grâce à la volonté et au désir décidé de Vessela Banova, psychanalyste à Sofia, membre de la NLS et qui fut longtemps présidente de l’Agence gouvernementale pour la protection de l’enfant.

Invité pour orienter et former les équipes de ces centres, j’ai entendu parler d’un jeune garçon.

Accueilli dans un centre familial depuis peu, il avait été abandonné à la naissance parce qu’il présentait une encéphalopathie et placé dans un orphelinat au fond des bois.

Les intervenants se rendent compte qu’il porte une blessure sur la tempe, cela venant d’une façon qu’il a de se taper au même endroit de façon incessante.

La plaie est si profonde qu’il est au bord d’être hospitalisé par le médecin, mais les intervenants ne veulent pas en arriver là car il a été déjà déplacé 3 fois dans ces asiles.

La directrice se souvient alors qu’enfant, dans sa famille, quelqu’un qui avait une plaie qui ne se soignait pas avait été traité par une pommade préparée par le pharmacien. Elle retrouve la formule, et propose au médecin cela.

Il est d’accord et y ajoute quelques conseils, comme lui donner un bain en le massant.

Et la pratique de mutilation cesse quasiment.

En parlant dans une conversation avec les intervenants, l’on a pu dégager ce qui avait opéré.

Cet enfant a été rejeté dans l’asile parce qu’il avait une encéphalite.

En lui mettant le traitement qui avait été donné à l’un des membres de sa famille, la directrice le fait rentrer dans la langue de sa famille,  c’est à dire dans un ordre de désir et d’amour : le signifiant pommade articule cet enfant à l’histoire de cette femme, à sa famille, et dès lors il a un nom, il n’est plus ce rebut rejeté.

Se taper la tempe était une écriture à déchiffrer, elle venait dire ce qui avait produit ce rejet et à quoi il se réduisait, l’encéphalopathie, laissant son corps à jamais en mal d’être marqué des mots de l’autre. Ce qui l’oblige à produire un trou incessamment qui ne pouvait se cicatriser et faire marque puisque le traitement de l’Autre était absent.

Maintenant le corps de cet enfant est articulé à des mots qui le nomment, supporté par un désir particularisé qui ne le fait plus anonyme.

La langue doit entamer le corps, par l’intermédiaire de l’Autre, sinon le sujet tente de le faire dans le réel.

La chance de cet enfant c’est d’avoir rencontré des accompagnants qui n’ont pas interprété son comportement comme le résultat des mauvais traitements dont il fut l’objet là où l’Autre de l’Etat l’avait catalogué handicapé mental. La place alors fut dégagée pour que cesse la répétition et que du contingent advienne.

Et que la chance inventive du sujet[1] lui fasse saisir la réponse de l’Autre et y accrocher son corps de parlêtre.

[1] Lacan, J. Discours aux catholiques, in Le triomphe de la religion, éditions du Seuil janv 2005 p 21

Translations : Espagnol, Anglais, Italien, Néerlandais