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Des déchets, il purifiait, un déchet elle devenait. Par Stéphanie Tessier

J’aurais également pu donner, à ce fait divers, le titre « Un gardien d’immeuble victime de la mort ratée d’une locataire ».

Dans la semaine, le gardien de l’immeuble où j’habite, m’annonce avoir retrouvé une locataire dans une poubelle, alors qu’il voulait la nettoyer. Cet homme localise sa jouissance en plusieurs points : regarder et complimenter les « belles femmes » de l’immeuble, sur un mode érotomaniaque, absorber de l’alcool en place de thérapie et nettoyer des parties communes de l’immeuble, mais surtout les poubelles. Il est fier du travail qu’il fait avec rigueur, voire méticulosité, surpassant ainsi les entreprises de ménage intervenant dans les habitations voisines. Mais un petit grain de sable se met régulièrement en travers de son labeur : la certitude qu’une locataire déplace les poubelles et entasse des cartons dessus, pour lui rendre la tâche plus ardue. C’est un insupportable, lorsqu’elle le regarde de trop près.

Cette locataire, je l’appelle « la dame aux chats », car sa vie est consacrée à nourrir les chats du quartier, à recueillir multitude de chatons  dans son minuscule studio, à appeler les pompiers lorsque l’un d’entre eux tombe de son balcon. Vêtue d’un foulard drapé sur sa bouche, de lunettes de soleil, de bandages sur les mains et munie d’un grand bâton, elle parait si étrange pour les habitants du quartier que personne n’ose l’aborder. Nos conversations, lorsque je la croisais, consistaient à parler de chats. Un jour, elle me livre sa certitude que le petit noir et blanc avait été empoisonné par des voisins, car elle ne le voyait plus dans la rue. Je lui assure  l’avoir vu gambader le matin même, ce qui apaise son angoisse. Mais depuis 3 semaines, elle avait comme disparue, ses causeries nocturnes avec les chats avaient cessé. Il y a quelques jours, je me suis dit qu’elle ne devait pas bien aller, quand le gardien me raconte l’histoire qui lui est arrivée. D’abord en colère, car il avait trouvé la poubelle déplacée, il use de toute sa force pour la remettre et la poubelle bascule, éjectant de son antre « la dame aux chats ». Elle gisait sur le sol sans pouvoir bouger, ni prononcer un mot, déshydratée et à demi dévêtue. Le temps qu’il appelle les pompiers, elle n’était plus là. Elle a été retrouvée terrée derrière le canapé, dans son appartement, tel un chaton apeuré. Elle est transférée aux urgences, son état physique nécessitant des soins, avant un transfert en psychiatrie. « Mais si t’avais vu dans quel état est l’appartement. Il est très sale. Les pompiers se sont demandés comment elle pouvait vivre là dedans ». J’ose alors lui dire qu’il avait du être choqué. Oui, effectivement, car cette femme s’est retrouvée incarner un déchet parmi les déchets et n’a pas trouvé d’autre endroit pour se réfugier que dans une des poubelles que ce gardien bichonne.

Translations : Espagnol, Anglais, Italien, Néerlandais